LES PREMIERES FEMMES MEDECINS

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Première femme Médecin

Et pourtant nous ne sommes que des femmes !
« Impose ta chance, sers ton bonheur, gère ton risque, à te regarder ils s’habitueront »
René CHAR

Ces quelques mots auraient pu devenir la devise des premières femmes médecins qui osèrent braver interdits sociaux, morgue, dédain et moqueries des hommes pour réaliser leur rêve avec courage, détermination et persévérance, allant parfois jusqu’à se déguiser en homme.
Faisons le portrait de ces pionnières, en hommage à toutes celles, ces invisibles, qui certainement exercèrent la médecine dans l’ombre au cours des siècles, sans être reconnues ni distinguées.

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Les premières femmes médecins

Plus près de nous, au XIXème siècle, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, trois femmes vont révolutionner leur époque et choquer leurs contemporains en devenant les premières femmes médecins.
En un siècle et demi environ, le pourcentage de femmes médecins passera de 0% à plus de 50%, selon une courbe exponentielle vertigineusement ascendante ces 40 dernières années.
Il est donc important de souligner le phénomène, même si l’adaptation de la société actuelle à cet exercice n’est pas parfaite et si les conditions d’exercice (avantages sociaux et familiaux, certains acquis seulement après de longues années de lutte) correspondent encore trop souvent à un type d’exercice masculin.

Madeleine BRES, la première française à obtenir le diplôme de Médecin en 1875, est née à Bouillargues dans le Gard.
Sa vocation naît en aidant une religieuse à l’hôpital de Nîmes pendant que son père, charron ferre les chevaux et répare les carrioles de l’Hôpital. La petite fille découvre à 8 ans le désir profond et l’art de soigner.

C’est décidé, elle sera médecin ! Mariée très jeune, elle a déjà trois enfants lorsqu’elle demande à étudier à l’école de médecine. I

Il lui est répondu de passer son bac d’abord : elle le passe, l’obtient, revient à la charge. Elle demande au doyen de la fac de médecine de s’inscrire en 1ière année (avec bien sûr l’autorisation de son mari).

Le doyen WURTZ y est favorable mais embarrassé. Il saisit le ministre de l’Instruction Publique, Victor DURUY qui l’envoie en Suisse voir comment les choses s’y passent.

L’impératrice Eugénie, en visite dans la région, va intercéder en faveur de Madeleine et lui permettre d’intégrer l’école de Médecine.

Trois cents ans avant J-C, AGNODICE, issue des nobles athéniens, esprit brillant, décide d’étudier la médecine, pré carré réservé aux hommes.

Elle coupe ses cheveux, porte la tunique courte, devient « MILTIADE » et suit les cours en particulier du célèbre médecin Hérophile.
Elle sort major de sa promotion, gynécologue et exerce son métier toujours sous couverture.
Elle réunit bientôt une importante clientèle et attire la jalousie de ses confrères qui l’accusent alors de harcèlement sexuel ; obligée de révéler qu’elle est en réalité une femme, elle est condamnée à la peine de mort pour avoir violé la loi interdisant la pratique de la médecine aux femmes.

Cependant, la foule de ses patients se déclarant prêts à mourir avec elle, elle est graciée et autorisée à poursuivre son exercice. A dater de ce jour, le conseil athénien abroge la loi et autorise les femmes à pratiquer la médecine.

En 1868, plusieurs étrangères ayant obtenu l’équivalence de leurs diplômes étrangers sont admises à l’école de médecine de Paris Mary PUTMAN une américaine, CATHERINE GONTCHAROFF, une russe, Elizabeth GARRET ANDERSON, une britannique et Madeleine BRES.

A cette occasion, un certain Dr Henri MONTANIER écrira ceci :
« Pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la pudeur, l’endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes ; lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme ?

Un être qui ne serait plus ni une eune fille ni une femme ni une épouse ni une mère »
Quelle apologie du machisme, atmosphère de l’époque don on sent encore quelques relents !
C’est nier que la femme a autant de courage, de volonté, d’intelligence, et parfois plus de bon sens que l’homme. C’est dévaloriser les valeurs familiales en les mettant au rang de tâches mineures.
Elle exerce alors comme pédiatre libérale, Elle écrira plusieurs livres de puériculture.
S’intéressant particulièrement à l’hygiène, elle sera à l’origine de l’ouverture de plusieurs crèches. Elle meurt dans la pauvreté à 79 ans.
Son nom sera donné à une promotion, des écoles et des crèches ainsi qu’à des rues à Paris, Lille, Nantes et Poitiers.

A la même époque, la britannique Elizabeth GARRETT ANDERSON essuya de nombreux refus d’admission aux examens universitaires mais arrivera à obtenir d’abord une licence de pharmacie puis en 1870 son diplôme de médecine à Paris. Cependant, elle exercera essentiellement à Londres et participe alors à la création d’une école de médecine destinée aux femmes.

Madeleine BRES persévère, arrive à occuper le poste d’interne, hélas provisoirement, se voit refuser une carrière hospitalière. Les préjugés masculins sont tenaces, Madeleine aussi. Elle prépare sa thèse auprès de Charles Adolphe Wurtz sur l’allaitement des enfants et obtient une mention très bien le 3 juin 1875.
Elle devient la première femme française et la seconde internationalement précédée 5 ans plus tôt par Elizabeth Garrett Anderson.

Hélas, les a priori n’ont pas de frontières et comme ses consoeurs européennes, elle est confrontée à de nombreux refus d’inscriptions universitaires ; elle est finalement admise à New-York d’où elle sort major de promotion.
Les obstacles ne s’effacent pas pour autant ; ayant beaucoup de mal à trouver un poste pour exercer son art, elle fonde son propre hôpital : New-York Infirmary for indigent women and children.
Puis elle rentre en Angleterre et avec Florence Nightingale ouvre la London School of medecine for women.

Toutes ces femmes sont là pour prouver que les théories des philosophes, hommes politiques et même médecins de l’époque, décrétant la femme inférieure à l’homme pour certains métiers, éternellement dépendante du mari au yeux de la loi et juridiquement incapable étaient fausses et infondées.

A l’heure où la féminisation de la médecine est majeure, ces quelques lignes peuvent paraître surannées et dérisoires, mais n’oublions pas que c’est grâce à ces pionnières, femmes de caractère et de conviction qu’aujourd’hui nous sommes là et nous pouvons exercer.
Leur rendre hommage, en les remettant à l’honneur, me parait être la moindre des choses.

BIBLIOGRAPHIE
• Dictionnaire des sciences médicales
• Biographie des jeunes demoiselles par Mme Dufrenoy
• Bibliothèque de l’université de Caen
• Le parisien du 14/03/13 : découverte du nouvel hôpital V. DURUY
• BUISANTE Paris Descartes : vue d’une salle de crèche fondée par Madeleine BRES

En Amérique, ELISABETH BALCKWELL une militante féministe angloaméricaine s’illustre comme la troisième femme médecin diplômée : Sa vocation fut déterminée à l’occasion de la douloureuse maladie
d’une amie, lui confiant qu’être soignée par une femme, étant donné sa pathologie (cancer de l’utérus).
Elle désira par ailleurs prouver qu’une femme est tout à fait capable de devenir médecin.

Pour terminer, et pour la petite histoire, toujours à la même époque et parfois sous d’autres cieux, un certain James BARRY officie dans l’armée britannique et ce pendant 56 ans, comme chirurgien.
Il sillonne la planète jusqu’en Afrique du Sud, édite des normes d’hygiène, et une documentation sur les conditions de vie des blessés, trouve un traitement contre les maladies vénériennes, et même imagine un réseau hydraulique au Cap.

Le scandale éclate à sa mort où l’on découvre qu’il s’agit d’une femme et l’armée, incapable de surmonter une telle honte, étouffe l’affaire. L’énigme de son intégration dans l’armée britannique persiste.
Ce médecin de son vrai nom Margaret Ann BUCKLEY, avait endossé le patronyme de son oncle avec l’héritage duquel elle paye ses études ; de plus on le ou la décrivit dans son entourage comme un excellent danseur, jovial mais un peu tête brûlée !

• Lettres à Julie Victoire DAUBIE
• Elizabeth Garrett Anderson : early pioneer of women in medicine
• Elizabeth BLACKWELL/: journal intime
• Biography Nancy Ann Sahli 1982